Mon cher Jérôme,
Cela faisait bien longtemps que je ne t’avais pas écrit. Un an ? Il est vrai que nous préférions nous appeler de temps en temps, entre autres pour t’annoncer que je venais te voir à New-York.
Ah ! Te retrouver pour déjeuner au Balthazar ou prendre l’apéritif – une solide bouteille de vin rouge – à l’Orange Bleue… Tu sais, quand je raconte ça à de jeunes femmes avides d’aventures et de belles histoires, ces coquines en frémissent…
Je t’écris pour t’avouer que ce projet de festival d’humour à New-York n’avance pas vraiment. Non pas que l’envie m’ait quitté mais les moyen financiers ne sont plus vraiment présents. Il faudra que je te raconte mes (dés)aventures un de ces quatre. Que dirais-tu d’aller déjeuner au Parigot, sur Grand Street, chez ma cousine Catherine et mon cousin Michel ? Nous en avons souvent parlé. Je te dévoilerai les dernières grosses têtes de TF1, les rumeurs de qui couche avec qui. Tu rigoleras, j’en suis convaincu.
Je suis heureux que ton agence de mannequin marche bien. A ce propos, j’attends toujours que tu me présentes Audrey Marné et Linda Evangelista. Tu sais, encore des histoires pour faire frémir les petites filles.
Je vis toujours à Saint-Martin de Ré. Les gens sont gentils et solidaires. Tu les aimeras. J’attends ta visite avec impatience. Bon, il faudra bien que tu trouves le temps de venir entre un avion du Japon et un Boeing de France… Je ne désespère pas.
J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle.
Tout à fait involontairement, mon téléphone a appelé Mourad, ton beau-frère avec qui j’étais un peu en froid depuis quatre ans. Nous avons parlé de longues minutes. Et voilà la mauvaise nouvelle : il m’a appris qu’un infarctus t’avait emporté.
Comme tu n’es pas venu me voir sur mon île, je viendrai te dire bonjour à Jarnac où tu résides désormais. Qui sait ? Une bonne grosse bouteille de vin rouge à l’américaine te ferait peut-être plaisir…
Tu me manqueras, mon cher Jérôme.
Je vais revenir à New-York. Je ne sais pas quand mais bientôt… Je retournerai au Balthazar et à l’Orange Bleue. Tu n’as pas oublié – c’est, du moins, ce que j’espère – mon amour pour cette ville que toi aussi, tu aimais tant. Si je te dis que je vais revenir, c’est peut-être parce que j’espère t’apercevoir là-bas.
New-York, c’est des lumières et du bruit. Des rues et des voitures. Des gratte-ciels et des coins de campagne.
New-York a désormais un visage.
Le tien.
Au revoir, mon ami. Si tu le veux bien, je vais continuer cette vie. Nous nous retrouverons dans une autre.
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