Je sais, je sais, vous allez encore soupirer. Vous dire : “-Tiens, le revoilà, celui-là…” Il est vrai que j’avais disparu. Pas écrit un seul vrai papier depuis quelque temps. Absent du net. Disparu. Gone.
Faut dire aussi.
Toi.
Tu te reconnaîtras.
Toi, avec ton idée tordue de porter plainte contre moi, faut vraiment être taré pour taper, que dis-je ? Poignarder un ami dans le dos. Ouais, les gars, une plainte en bonne et due forme contre ma pomme. Avec enquête à la clef et tout le tuttim. The question is the following : met-on le Vautier au bagne, réveil au clairon et pain dur en guise de breakfast ? Je rassure tout le monde : plainte classée sans suite. Les gendarmes m’ont fait comprendre qu’ils avaient des problèmes plus sérieux à régler.
Tout de même, quelle drôle d’époque.
Pour que tu portes plainte – Ca y est, tu te reconnais ? – il a bien fallu qu’un imbécile te conseille. Voilà comment, aujourd’hui, on règle des problèmes. Un souci et le premier crétin à dire : “-Tu devrais aller au commissariat” fait mouche. On prend ses petites affaires, on va tranquille chez les poulagas et hop, on balance. Parce qu’il est là, le fondement du truc. En allant voir la police, on signale. On renseigne. On dénonce. Que voulez-vous que je vous dise ? On s’étonne d’être un état totalitaire. Même toi – je pense que tu te reconnais – qui pourtant, m’a fait les plus beaux discours sur la liberté et l’injustice sociale, tu es la première personne à balancer quand tu sens les choses – ou les gens – t’échapper.
Au bon vieux temps que quand j’étais tout môme et que le mot “partouze” n’était pas encore un attentat à la pudeur aux yeux de la censure, on s’engueulait, on frappait du poing sur la table et on se disait des noms d’oiseaux dont la spécialité était de faire les trottoirs grecs en famille. Je me souviendrais toujours de mon père et de mon oncle, ivres comme des cosaques après trente litres de rosé de Provence, s’abreuver d’insultes copieuses. Je t’en prie, je suis ton grand frère, quand même. ouais, c’est ça, pauvre con, tu n’a rien compris… Ce n’est pas pour ça qu’ils sont allés se dénoncer chez les policiers le lendemain.
Combien de fois me suis-je fait défoncer la tête au lycée ? Et combien de fois ai-je planté mon petit poing dans la tronche d’un ennemi ? Je ne me souviens plus. Mais je n’ai pas souvenir non plus de voir mon père débarquer pour régler à coups de plaintes et de sanctions pénales les principes d’une école universelle : celle de la vie.
Certes, cette crise profonde nous pousse dans nos retranchements. Pas de travail, pas d’argent. Nous avons peur pour nos enfants et donc, nous les surprotégeons. Cependant, l’époque dans laquelle nous vivons change considérablement les repères qui faisaient de nous des gens civilisés. Les médias balancent des coupables en permanence. Notre société devient totalitaire pour mieux nous rassurer. J’ai presque envie de dire que sous la plage, c’est sûr : aujourd’hui, il y a des pavés.
J’aime à le dire : je suis fils de journaliste et je suis pour la tolérance. J’ai des valeurs et j’y crois. Aujourd’hui plus que jamais.
Pour mieux te le faire comprendre, je ne te dénoncerai pas à qui tu sais. Sais-tu pourquoi ? Il faudrait que je te voie. Mais tu es tellement minuscule que je n’y arrive pas.
Voilà, je sais maintenant que tu te reconnais.
Ah… Ca va mieux.
I love you. All of you.
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