Mon premier livre de photos !!!
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11 février 2009 | Lien permanent | Commentaires (2) | TrackBack (0)
La première fois que j’ai croisé monsieur Bob, je n’étais pas plus haut que trois pommes assises à genoux. Je devais avoir dans les sept piges et en même temps que je le rencontrais, je découvrais Sainte-Maxime, la mer Méditerranée et l’hôtel Montfleuri.
Entre lui et moi, le courant est vite passé. Je n’avais pas mis dix minutes à faire ma première connerie dans le parking de l’hôtel – repeindre des bidons en rouge avec sa peinture – qu’il me courait déjà après. Robert est devenu mon grand-père par hasard, conséquence réconfortante d’une vie capricieuse. Et ce fut un rôle dans lequel il excella.
Monsieur Bob – grand chrétien devant l’Eternel – aimait aller à Saint-Eustache, pour la grande messe du dimanche, appréciant les improvisations de Jean Guillou aux Grandes Orgues de l’église. Il n’était pas particulièrement fan de musique contemporaine – Olivier Messian en tête – et raffolait de Bach. Quand les petits chanteurs du Marais, dont je faisais partie, chantaient Mozart – toujours à Saint Eustache – monsieur Bob était assez fier de me voir chanter en soliste, même s’il ne me l’avoua que de nombreuses années plus tard.
Gamin, je passais mes vacances d’été à Sainte-Maxime à l’hôtel de mes grands-parents.
Ah… Cet hôtel…
Je venais d’avoir vingt ans quand j’ai ramené dans sa chambre, la grande – mais alors très grande – Nathalie, fille de bons clients de l’hôtel.
Ayant fait mes premières armes avec les femmes de chambre – exemple que suivra mon jeune frère – il me sembla logique de continuer avec les clientes de mon âge, sûr de ma séduction, insolence de cette jeunesse qui tend à disparaître. Une fois nus dans le lit, mes mains caressant ce grand corps – mais combien mesurait-elle ? Deux mètres, trois ? – la belle enfant commença à exprimer par des cris son bonheur de sentir mes douces et vertigineuses caresses. Quand je vous dis cris, je suis en dessous de la vérité. Aussi, quand naturellement poussé par le désir, je présentais mon hommage viril à ce corps lascif et demandeur, les hurlements que Nathalie poussa me firent d’abord plaisir avant de finalement, m’effrayer. Bref, quelques heures plus tard – je vous l’ai dit, je n’avais pas vingt ans – je souhaitais le bonsoir à Nathalie en ouvrant sa porte.
Surprise.
Monsieur Bob est devant moi, le regard étonné derrière ses éternelles grandes lunettes.
“- Que fais-tu là ? Me demande-t-il.
- Je ramenais une cliente, je balbutie.”
Là, je ne suis pas très fier. Mes grands parents avaient la chambre 11 et Nathalie la 21, soit celle juste au dessus. Je déduisis que les cris de joie de ma partenaire avaient du réveiller sinon toute la ville, du moins, tout l’hôtel.
“- Viens avec moi, dépêche toi ! Enchaîna mon grand-pèren grimpant les escaliers quatre à quatre.”
Trop heureux d’éviter une engueulade, je lui emboitais la pas, courant à mon tour. Entre deux foulées, je lançais :
“- Papi, où on va ?
- Il y a un cambrioleur dans l’hôtel, m’informa monsieur Bob.
- Comment ça ? Je demandais, intrigué et pas franchement rassuré.
- Quelqu’un a poussé des hurlements, quelqu’un est en danger…”
Je ralentis la cadence, arrêtant Robert, ma main sur son épaule.
“- Ce n’est pas un cambrioleur, papi.”
J’avouais piteusement ma nuit de plaisir. Robert me dévisagea sans rien dire.
“- Va te coucher, nous en reparlerons demain matin.” Lâcha-t-il finalement.
Il ne m’en reparla jamais. Mais son regard changea. Je n’étais plus ce sale gosse qui repeignait ses bidons en rouge. Quand, bien plus tard, nous avons tous les deux évoqué cette fameuse nuit, monsieur Bob confessera : “- J’ai cru qu’on tuait quelqu’un.”
Mon grand-père adorait s’enfermer dans la lingerie de l’hôtel à y repasser soigneusement ses draps en écoutant du Bach. Et quand j’écoute Jésus, que ma joie demeure, je ne peux m’empêcher de sourire, l’odeur de la vapeur et cette sensation de suffoquer – nous étions en plein été – envahissant doucement les limbes de ma mémoire. Douces années de notre enfance, avec en toile de fond, le regard de nos grands-parents veillant sur nous, sans trop poser de questions.
Au bout d’une vie bien remplie et longue de presqu’un siècle, monsieur Bob s’est éteint. Avec lui se tourne définitivement la dernière page de mon enfance. Lundi, je vais aller lui dire au revoir à Grenoble. Régis, Isabelle et maintenant, monsieur Bob : c’est voir Grenoble et mourir.
Pourquoi monsieur Bob ? Ma tante surnommait papi – tout le monde l’appelait ainsi – Bob. J’ai juste rajouté le monsieur devant parce que ça lui va bien. C’est tout.
Plus de grand-parents, quatre enfants dont un majeur, ca se rapproche. Autant ne rien dire, rester souriant et ne rien montrer.
C’est ce qu’il aurait fait.
I love you. All of you.
05 février 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ah, mes amis, mes très chers amis… Faut-il que je vous raconte ce qui m’est arrivé il n’y a pas très longtemps ?
Voyez-vous, des expériences troublantes et/ou bizarres, j’en ai eu un paquet. Mais celle d’hier est unique, saisissante. Drôle. Curieuse.
Je m’entraînais à prendre des photos dans des conditions difficiles. Peu de lumière, angles pas toujours évidents : c’est ce que j’aime dans l’église Saint Eustache, aux Halles.
Alors que je commençais à m’intéresser à la sépulture de ce brave Colbert, des bruits étranges se font entendre. Dans ce cadre solennel et sacré, c’est presque dérangeant. Je me retourne et découvre un groupe de sourds-muets en train de visiter l’église, suivant gentiment un guide. Tout ce petit monde se parle avec les mains mais quelques sons s’échappent de leurs bouches.
Comme je ne suis pas du genre radin et que j’aime faire profiter à mes petits amis, donc, vous, car vous êtes tous mes amis – si, si, vous êtes mes amis, je vous en prie, ça me fait plaisir – je me suis dépêché de vous fabriquer un documentaire.
Ca fait bizarre, hein ?
Je suis tout de même allé faire cette prise de son, mon Iphone à la main, faisant semblant de prendre des notes en me mêlant au groupe.
Ce petit film a été fait avec Picasa 3.
Et à qui on dit merci pour son goût du partage ?
I love you. All of you.
13 janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
A la base, j’étais partie chercher les traces de la guillotine place de la Concorde. Si, si, je vous jure, on peut encore distinguer les quatre socles qui servaient de fondation à la redoutable machine pour dégonfler l’orgueil humain. D’ailleurs, si vous alliez vers l’hôtel de Crillon – on ne sait jamais, une idée de fou, de guedin comme dirait mon ami Gilles – et que vous vous arrêtiez à l’angle du prestigieux établissement, en levant les yeux, vous verriez une curieux panneau où est écrit : Place Louis XVI.
En fait, c’est Louis XVIII, petit frère de Louis XVI et roi de France de 1814 à 1824 qui eut l’idée de faire de la place de la Concorde un endroit rendant hommage à son grand frère, réputé pour ne plus avoir sa tête sur les épaules. Il devait y avoir statue du martyr et un saule pleureur. Le projet fut assez rapidement abandonné mais il reste toujours cette insolite plaque de pierre.
En remontant vers la gare Saint Lazare, j’entends des chants et des tambours. Une agitation naît. Je vois des policiers en civil faire place nette devant moi, semblant m’ignorer. Des manifestants s’arrêtent, presqu’à me toucher. Le premier rang s’agenouille, les mains se joignent et un cordon de sécurité est ainsi formé.
Je sors mon fidèle G10 de ma poche. Personne ne semble me voir et pourtant, tout le monde pose devant mon objectif. Ce sont des sans-papiers qui demandent – en chantant – leur régularisation.
Bien sûr, il y a des photographes qui shootent le rassemblement. Mais chose curieuse, chance du débutant, je suis le premier qui est à un mètre, tout au plus, des manifestants. Alors, quand cet homme surgit devant moi, brandissant que nos amours sont plus forts que vos haines, je le photographie. En pensant in petto que les amours sont plus fortEs que les haines… Mais le regard est si déterminé que je n’ose pas lui signaler cette petite faute d’oubli. Il est évident que ce singulier personnage pose pour moi. Quand un photographe pro arrive pour avoir un cliché, l’homme se lève et va rejoindre la petite camionnette bleue, en tête du cortège, où sont rassemblés les chanteurs.
Un signal est donné, la grande troupe prend la direction de la place de la Madeleine. Sans trop savoir pourquoi, me voilà embarqué dans ce flot – coloré, voire noir de monde, vous me suivez ? – de gens. Je continue de photographier. Ils ne font pas attention à moi. Même si un jeune homme voile son visage en voyant mon appareil – musulman probablement – personne ne m’embête. Le plus amusant, c’est que je me trimbale un sac de livres aussi lourds que la poitrine d’une bonne normande dans une main et que je photographie de l’autre.
Je suis ce petit monde une centaine de mètres. Un imposant cordon de gendarmes se déroule sur le côté, barrant la rue Auber. Même les policiers se laissent photographier.
Je ralentis mon pas. J’ai assez de photos. Je n’irai pas plus loin. Pas avec eux, du moins. J’emprunte la direction des galeries Lafayette. C’est période de soldes, les gens ne font absolument pas attention à ce qui se passe. Ils s’engouffrent dans le grand magasin, motivés à acheter un beau vêtement.
En arrivant dans le hall des galeries, blindé de monde, j’ai un sursaut. Devant moi, un vagabond fume une cigarette. Il a des sacs en plastiques à ses pieds, une pauvre écharpe blanche couvre un bonnet blanc protégeant ses longs cheveux sales. Ce qui marque mon attention, c’est son blouson. Un team Lagaf’.
Pendant la période du BigDil, Vincent avait offert à toute l’équipe un blouson de ce genre. Sur chacun d’entre eux, le nom de la personne à qui il était destiné. Moi, c’était Bill. Je n’ai pas eu le temps de lire le nom. L’homme se retourne brusquement et s’en va. J’ai à peine le temps de le photographier. Quand même, voir ce blouson dix ans après l’avoir reçu, sur le dos d’un pauvre clodo…
Comme quoi, on a été, on est mais on ne sait jamais ce qu’on sera.
I love you. All of you.
10 janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Je me demande toujours jusqu'où la rentabilité va nous envahir. Parce qu'après tout, cette dernière nous ordonne nos comportements et façonne de plus en plus nos habitudes. Si vous trouvez ça normal, je ne peux vraiment rien faire pour vous. Pour les autres, l'affaire devient vicieuse, voire peut-être même sournoise. Car si nous croyons encore imposer notre façon de penser comme indépendante et rebelle du système, vous serez d'accord avec moi, on se met le doigt dans l'oeil jusque dans l'omoplate, voire ailleurs.
Alors, me demanderez-vous avec votre sagacité coutumière, qui de temps en temps frôle l'insolence - sur ce point, il faudra qu'on en parle un jour - alors, donc, pourquoi je vous parle de l'envahissement de la rentabilité dans nos vies quotidiennes et de notre notre docilité ?
Cette après-midi, alors que je marchais le long de l'avenue, le coeur ouvert, à l'inconnu, une envie folle d'aller là où les rois vont à pied, me prend. Mais attention, le truc terrible, l'envie impériale, le besoin vital. Le genre qui tue, étouffe et paralyse. Je ne peux plus marcher. Si je ne vais pas aux toilettes tout de suite, j'explose. Et encore, le mot est faible.
En face de moi, arborant fièrement son logo, un MacDo se dresse. Je ne le vois pas comme une usine à mal bouffer, ni comme une machine à concentré de coca cola. C'est un oasis. Là, je vais trouver des toilettes. Je vais pouvoir me soulager. Je vais pouvoir - appelons un chat un chat - pisser.
Oui, mais voilà, la rentabilité va se manifester.
Un immense black, à côté de qui le colosse de Rhodes fait figure de tapette mondaine, me rattrape par la manche.
"- Bonjour, monsieur."
Je comprends. je ne suis pas client, je ne pisse pas. C'est la règle. Sinon, c'est le début de n'importe quoi. C'est la porte ouverte à toutes les fenêtres.
Ma vessie devient inquiétante d'activité. Si je ne me détache pas de ce colosse tout de suite, je vais retapisser les murs de l'établissement, déjà peu épargnés par le temps et les clients.
"- Je reviens, je reviens." Dis-je, d'un ton qui ne laisse aucune place au doute.
Je me soulage. D'ailleurs, pour me venger, je vais dans l'urinoir réservé aux gosses. Ca ne veut pas dire que j'en répands partout - je vous vois venir - mais c'est la seule satisfaction qui me convienne. Une fois la pièce d'artillerie blindée remise en place, je remonte les escaliers et n'ai pas besoin que le porte-avions miniature me reprenne le bras.
Je vais au comptoir et commande un café. Je sors. Et jette le breuvage dans une proche poubelle.
Les toilettes devraient être gratuites et accessibles à tous. Je sais, il y a de l'abus, de la casse et de la négligence. Mais quand on y pense, c'est depuis que ce besoin d'être rentable est apparu dans notre société de consommation que casser ses symboles est devenu nécessaire. Or, payer pour soulager ce qui est naturel est une anomalie.
Maintenant, comme disait le baron, c'est le parti pisser. Pas de gagner.
I love you. All of you.
05 janvier 2010 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
Ce que j’apprécie dans le I-Phone, c’est d’abord sa discrétion. Prendre des gens dans le train est beaucoup plus facile. Ensuite, j’ai trouvé des petites applications gratuites qui donnent des effets plus que sympathiques aux clichés obtenus.
Pour exemple, je prends le train pour Paris. S’installent en face de moi une mère et sa fille. La gosse, un bout de chou de même pas deux ans, babille des mots qu’elle seul comprend. Un peu fort peut-être puisque sa mère lui fait remarquer que “nous ne sommes pas au marché, tout de même…”. Cette dernière n’est pas bien vieille non plus. Vingt ans, tout au plus, allez, vingt et un, c’est mon dernier prix, on n’en parle plus…
Je sors mon téléphone, je fais comme si de rien n’était, genre ninja de la photo. Pas un bruit, rien. Et voilà.
La gosse ne mettra pas dix minutes à s’endormir du sommeil du juste. La maman passera son temps sur son Blackberry à envoyer des SMS. Je la soupçonne de parler à son amoureux vu les sourires gigantesques qui envahissent son joli et jeune visage. Ah, l’amour, toujours l’amour…
Je pense à Charlotte, ex collègue de travail qui appréciait ce genre de photos. Ben, c’est pour elle.
I love you. All of you.
19 décembre 2009 | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)